Karls, peintre abstrait lyrique

photo(1)Rapidement lassé par le portrait car l’œuvre finie ne lui offrait pas assez de surprise à son goût, Karls trouve en l’abstraction lyrique la liberté d’expression qui lui convient.

Baptisé ainsi par le critique José Marchand et le peintre Georges Mathieu en 1947, ce langage pictural nouveau s’affranchit de toute référence à l’histoire de l’art et se définit par une expression directe de l’élan émotionel lancé sur la toile.

Du Maître Mathieu, on a bien connu au quotidien sa pièce de 10 Francs. Au cours de leurs entretiens, le maître Mathieu et Karls se sont découverts une commune volonté ardente d’offrir au public un rapport à l’art sensible et concret. Aujourd’hui, la peinture est en marge de l’art « officiel ». Sur les 432 œuvres achetées par la Mairie de Paris ces dix dernières années, 18 seulement sont des peintures. Dans notre société de communication – voire de surcommunication – ultra-rapide, 43 % des français n’ont pas de rapport à l’art, ou ne le connaissent pas. Si d’un point de vue technique, il est certain que tout n’a pas été dit, expérimenté, visité en peinture, il est flagrant que tout n’a pas été exploré dans le rapport entre ce langage et le public.

En réalisant des performances, Karls place le public en situation de spectateur de l’œuvre mais il en fait aussi le spectateur de l’acte de création. Les 21 performances de Karls ont été accompagnées d’un silence de cathédrale : le public goûte, et même participe à l’acte ineffable et intime de la création artistique. Loin de considérer son égo pensant comme source originelle et unique de la création, Karls intègre l’énergie de l’entité « public » et se place au centre de toutes les forces en jeu pour expérimenter leur pouvoir sur son âme et donc sur la toile. Lors d’une performance, les œuvres de Karls évoluent selon les lois d’une sorte de Théorie du Chaos picturale : il aime les fonds particulièrement travaillés pour leur force tragique mais aussi parce qu’ils portent en eux les germes du coup de pinceau initial de l’œuvre proprement dite, lequel induira celui d’après, et ainsi de suite, la toile revendiquant au fur et à mesure sa vie propre, organique, autonome.

Cette grande humilité par rapport à sa peinture se traduit également dans le choix de ses formats, toujours monumentaux. Karls « se présente à la toile », selon ses propres mots. C’est dans cette arène, où il combat 10 mètres carrés de toile menaçant de le dévorer, qu’il trouve sa véritable nourriture d’artiste.

C’est probablement pourquoi les expositions l’intéressent peu : la dernière en date était en Février 2014 à l’Atlantic Gallery de Manhattan à New York. En revanche, depuis 2010, il a réalisé 21 toiles en public dont les plus impressionnantes sont « Hommage aux victimes de la Shoah » à Troyes (500×200), 8 toiles au Eddesands à Byblos (Liban) en 2012, « Interculturalités » (420×200) à Beyrouth en 2012, « Scriptura » (300×150) à l’Automobile Club de France à Paris en 2012 et « La colère de Xinthia » (600×275) à Cognac en 2011.